La symphonie Pastorale; André Gide

Literatura universal contemporánea del siglo XX. Narrativa francesa ética protestante. Argumento

  • Enviado por: Sol Avancini
  • Idioma: francés
  • País: España España
  • 14 páginas
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“La Symphonie Pastorale” André Gide

Le portrait du pasteur

Le pasteur a changé beaucoup pendant le roman, c'est evident que le résponsable de ce changemment c'est Gertrude. Premièrement il pareçait un homme très lucide et conscient, le perfait matraîse de soi:

« J'ai projeté d'écrire ici tout ce qui concerne la formation et le développement de cette âme pieuse, qu'il me semble que je n'ai fait sortir de la nuit que pour l'adoration et l'amour.» (page 11).

« Je reconnus, pourtant, à deux kilomètres de là, sur la gauche, un petit lac mystérieux où jeunne homme j'avais été quelquesfois patiner. Depuis quinze ans je ne l'avais plus revu, car acun devoir pastoral ne m'appelle de ce cotê; je n'aurais plus su dire où il était et j'avais à ce point cessé d'y penser qu'il me sembla, lorsque tout à coup, dans l'enchantement rose et doré du soir, je le reconnus, ne l'avoir d'abord vu qu'en rêve. » (page 12).

« Or un instinct aussi sûr que celui de la conscience m'avertissait qu'il fallait empêcher ce mariage [de Jacques et de Gertrude] à tout prix. » (page 76).

« j'eus peine à maîtriser un mouvement d'indignation. Cependant,encore tout imbu de ma longue et paisible méditation, je me contins. » (page 21).

Après, especiallement quand il commence à se rendre compte de son amour pour Gertrude (« l'indéniable beauté de Gertrude » (page 58), « Gertrude, vous savez bien que vous êtes jolie » (page 59) ), il est devenu aveugle, inconscient et impuissant:

« Ici encore je me félicitai que Gertrude ne put y voir, de sorte que je fusse seul à supporter le poids de cette ombre. » (page 102).

« Parfois il me paraît que je m'enfonce dans les ténèbres et que la vue qu'on va lui rendre m'est enlevée. » (page 133).

« - Plutôt que de te voir porter le trouble dans l'âme pure de Gertrude, m'écriai-je impétueusement, ah je préférerais ne plus te revoir. Je n'ai pas besoin de tes aveux ! Abuser de l'infirmité, de l'innocence, de la candeur, c'est une abominable lâcheté dont je ne t'aurais jamais cru capable ! et de m'en parler avec ce détestable sang-froid !... Écoute-moi bien: j'ai charge de Gertrude et je ne supporterai pas un jour de plus que tu lui parles, que tu la touches, que tu la voies. » (page 74).

« S'emparer de ce qui ne peut se défendre, c'est une lâcheté; je sais que tu n'es pas un lâche. Tes sentiments, dis-tu, n'ont rien de répréhensible; moi je les dis coupables parcequ'il sont prématurés. La prudence que Gertrude n'a pas encore, c'est à nous de l'avoir pour elle. C'est une affaire de conscience. » (page 78).

« Mais je me persuadais que pour une soumission si prompte, son amour ne devait pas être bien fort et j'en éprouvais un soulagement indiscible Au surplus, j'étais sensible à sa docilité.

- Je retrouve l'enfant que j'aimais lui dis-je doucement et le tirant à moi je posais mes lèvres sur son front il y eut de sa part un léger recul; mais je ne voulus pas m'en affecter. » (page 79).

« - Mais mon père reprit-il sur le même ton tranquille et qui me mettait hors de moi » (page 74).

« La question de Gertrude me fit battre le coeur si fort que je dus ralentir un peu notre marche » (page 123).

« une grande angoisse étreignait mon coeur » (page 126).

« je ne sais qui de nous deux cette conversation oppressait davantage » (page 126).

« En vain, je cherchais à biaiser; mon coeur battait la retraite de mes arguments en déroute éperdument je m'écriais: » (page 128).

« Nous marchions à pas précipités, comme pour fuir, et je tenais son bras étroitement serré contre moi. Mon âme avait à ce point quitté mon corps - il me semblait que le moindre caillou sur la route nous eût fait tous deux rouler à terre. » (page 128).

« Le coeur me faut » (page 130).

« Va-t-elle me reconnaître ? Pour la première fois de ma vie j'interroge anxieusement les miroirs. » (page 135).

« Seigneur il m'apparaît parfois que j'ai besoin de son amour pour vous aimer » (page 135).

«Chaque occupation qui peut m'arracher de moi-même est bénie; mais tout le long du jour, à travers tout, son image me suit » (page 136).

« J'aurais voulu pleurer mais je sentais mon coeur plus aride que le désert. » (page 150).

Gertrude, une relation très especialle

Gertrude commence par être un fille aveugle (physique et intelectuelment), inconscient et impuissent, quelque chose qui n'a rien d'humain; elle ne savait rien de la vie ni ce qui c'était le mal; mais qui avec l'aîde, essenciallement, du Pasteur a changé beaucoup et est finallement dévenue en un très intelligent et très culte ( ça c'est ce que l'ateur nous demontre):

« L'aveugle s'est laissée emmener comme une masse involontaire. Les traits de son visage étaient réguliers, assez beaux, mais parfaitement inexpressifs ». (page 17).

« La voisine prit alors la chandelle qu'elle dirigea vers un coin du foyer et je pus distinguer, accroupi dans l'âtre, un être incertain, qui paraissait endormi; l'épaisse masse de ses cheveux cachait presque complètement son visage. ». (page 15).

« …l'aveugle qui reposait innocemment… ». (page 27).

« ...ce paquet de chair sans âme et dont je ne percevais la vie que par la communication d'une ténébreuse chaleur. » (page 18).

« ...les bizarres gémissements que commença de pousser la pauvre infirme sitôt que ma main abandonna la sienne, que j'avais tenue durant tout le trajet. Ses cris n'avaient rien d'humain; on eut dit les jappements plaintifs d'un petit chien. » (page 20).

« Je ramène la brebis perdue,... » (page 22).

« ...la pauvre enfant ne comprend pas. » (page 22).

« ...elle commençait à geindre, à grogner comme un animal. » (page 32).

« ...ce n'est pas une enfant comme les autres, hélas! et que son développement a été beaucoup retardé. » (page 77).

« ...un être qui manifestement n'avait plus sur qui s'appuyer; ... » (page 24).

« ...cette hôtesse infirme ...» (page 24).

« Ma protégée, ... » (page 26).

« ...celle que Dieu nous invitait à récueillir; ... » (page 27).

« -Est-ce par charité que vous m'aimez?

-Tu sais bien que non, ma Gertrude. » (page 127). Avec cette cite, on peut voir que Gertrude a profité de cette simple question, apparemment naïve, pour faire que le Pasteur indirectement lui dit qu'il l'aime. Mais aussi, on peut voire la dévolution de la pensé du Pasteur, qui si on l'avait fait la même question au début de l'historie, il aurait possiblement répondu differentement.

« Mon ami, mon ami, vous voyez bien que je tiens trop de place dans votre coeur et votre vie. Quand je suis revenue près de vous, c'est ce qui m'est apparu tout de suite; ou du moins que la place que j'occupais était celle d'une autre et qui s'en attristait. Mon crime est de ne pas l'avoir senti plus tôt; ou du moins - car je le savais bien déjà - de vous avoir laissé m'aimer quand même. Mais lorsque m'est apparu tout à coup son visage, lorsque je'ai vu sur son pauvre visage tant de tristesse, je n'ai plus pu supporter l'idée que cette tristesse fût mon oeuvre... ». (page 144).

« La main cessa de caresser mon front: je la saisis et la couvris de baisers et de larmes. Mais elle la dégagea impatiemment et une angoisse nouvelle commença de l'agiter. » (page 145)

« Puis elle baissa les paupières et garda les yeux fermés quelque temps, comme pour concentrer sa pensée, ou retrouver son état de cécité première; et d'une voix d'abord traînante et désolée, mais qui bientôt s'éleva tandis qu'elle rouvrait les yeux, puis s'anima jusqu'à la véhémence: ... » (page 145)

« Quand vous m'avez donné la vue, mes yeux se sont ouverts sur un monde plus beau que je n'avais rêvé qu'il pût être; oui vraiment, je n'imaginais pas le jour si clair, l'air si brillant, le ciel si vaste. Mais non plus ja n'imaginait pas si osseux le front des hommes; et quand je suis entré chez vous, savez-vous c'est qui m'est apparutout d'abord... » (page 145).

« Asseyez-vous là, près de moi. Ecoutez-moi sans m'interrompre. » (page 146).

« Ah! il faut pourtant bien que je vous le dise: ce que j'ai vu d'abord, c'est notre faute, notre péché. » (page 146).

« Souvenez-vous des paroles de Christ: “Si vous étiez aveugle, vous n'auriez point de péché”. » (page 146).

« Mais à présent, j'y vois... » (page 146).

« C'est Jacques, dit-elle en rouvrant les yeux et en me regardant fixement. » (page 147).

« Quand j'ai vu Jacques, j'ai compris soudain que ce n'était pas vous que j'aimais; c'était lui. » (page 147).

Dans le roman, le pasteur semble très attentif à tout ce qui pourrait peiner Gertrude. Il fait des choses que, peut être, dans autres situations il ne feriait jamais:

« Il ne point dans mon naturel d'épier, mais tout ce qui touche à Gertrude me tient au coeur» (page 69).

Jacques, une histoire qui se repette

Le Pasteur change son opinion de son fils à cause de ce qui arrive avec Gertrude, il se rend compte que son petit enfent a grandi et est devenu en un jeune homme.

Ils ressemblent beaucoup si bien ils le nient. Les deux sont personnes qui ont dedié sa vie à la réligion, les deux sont très fermés, et c'est à cause de cela qu'ils discutent tout le temps. Mais le Pasteur à un pouvoir supèrieur sur son fils, il ne peut pas lui déobeir:

« Quand je retrouvai Jacques le lendemain, il me sembla vraiment que je le regardais pour la première fois. » (page 76).

« ...Lausanne où il avait déjà ses premières études, et entré à la faculté de théologie. » (page 49).

« -Il est entré dans les ordres, ... » (page 148).

« Il m'a cruellement reproché de n'avoir pas fait appeler un prête tandis qu'il était temps encore. » (page 149).

« Il m'annon´ça du même coup sa propre conversion et celle de Gertrude. » (page 149).

« -Bien mon père, je vous obéirai. » (page 79).

« ...j'eus soin de laisser dans sa chambre un billet où il a pu lire: “Que celui qui ne mange pas ne juge pas celui qui mange, car Dieu a accueilli ce dernier.” (Romains, XIV, 2). (page 112).

Jacques avait simplement transcrit cet autre verset du même chapitre: “Ne cause point par ton aliment la perte de celui pour lequelle Christ est mort” (Romains, XIV, 15). (page 113) » Dans ces deux phrases on peut voir comment le Pasteur et Jacques utilissent l'Evangile pour defendre leurs propres idées en changeant le significat du paroles.

La famille, irremplazable?

La familiarité est sensible dans le roman. Elle se donne d'une manière positive avec Gertrude ou négative avec Amélie.

« Elle me surpranait, précédant sans cesse ma pensée, la dépassant, et souvent d'un entretein à l'autre je ne reconnaissais plus mon élève. » (page 66).

« Certes j'ai bien du mal à reconnaître en elle aujourd'hui l'ange qui souriait à chaque noble élan de mon coeur » (page 116).

Il ne parle point de ses autres enfants, et il les décrit, un ou deux fois, comme des choses qu'il ne peut pas supporter, il est complètement desattendu de ce qu'il leur arrive. Dans toutes les cas ou il les mencione, il les compare avec Amelie, il croit que tout ce qu'ils ont du mal vient d'elle; tous sauf Charlotte, il paraît avoir un affection especialle :

« Seule ma chère petite Charlotte. » (page 19).

« … Sarah désormais était en âge de l'aider davatage,… » (page 24).

« …je vis ma petite Charlotte entrouvrir la porte, avancer doucment, en chemise et pieds nus, puis se jeter à mon cou et m'étreindre sauvagement en murmurant:

-Je ne t'avais pas dit bonsoir.

Puis tout bas, designant du bout de son petit index l'aveugle qui reposait innocemment et qu'elle avait eu curiosité de revoir avant de se laisser aller au sommeil.» (page 27).

« Certainement, pensais-je (…), Charlottese montre beaucoup plus affectueusse aujourd'hui que ses aînes; … » (page 28).

« On les croit tendres, ils sont cajoleurs et câlins. » (page 28).

« Malgré moi je la comparais à Charlotte et lorsque parfois il m'arrivait de faire répéter à celle-ci ses leçons, voyant son espirit tout distrait par la moindre mouche qui vole, je pensasis: “Tout de même, comme elle m'écouterait mieux, si seulement elle n'y voyait pas!” » (page 67).

« Je sais bien que le petit Claude fait ses dents (c'est du moins ce que soutient sa mère chaque fois qu'il commence à hurler), mais n'est-ce pas l'inviter à hurler que d'accouir aussitôt, … Je demeure persuadé qu'il hurlait moins souvent si on le laissait, qulques bonnes fois, hurler tout son soûl quand je ne suis point là. » (page 116).

« Sarah ressemble à sa mère, ce qui fait que j'auraisvoulu la mettre en pension. Elle ressemble non point, helas! À ce que sa mère était à son âge, quand nous nous sommes fiancés, mais bien à ce que l'ont fait devenir les soucis de la vie metérielle. » (page 116).

« Car je ne découvre en Sarah d'autres préocupations que vulgaires; à l'instar de sa mère elle se laisse affaire uniquement par des soucis mesquins; les traits mêmes de son visage, que ne spiritualise aucune flamme intérieure, sont mornes et comme durcis. Acun goût pour la poèsie, ni plus généralement pour la leture;... » (page 117).

Le Pasteur ne peut pas supporter sa femme, il pense que tout ce qu'elle lui dit ce pour lui faire du mal, et comme ce lui qui écrit le journal il écrit sa version de l'histoire. Il essaye de montrer Amèlie comme une personnage qui se trompe tout le temps qui n'a jamais de raison:

« Son ton énigmatique et sentencieux m'irritait, car je suis de naturel trop franc pour m'accomoder aisément du mystère. » (page 86).

« ... comment certaines parole d'Amèlie, que j'ai rapportées, ont pu me paraître mystérieusses; … » (page 100).

« Helas! Certaines âmes demeurent particulièrement réfractaires au bonheure; inaptes, maladroites... Je songe à ma pauvre Amèlie. » (page 113).

« Mais elle se déroe sans cesse, se referme comme certaines fleures que n'epanouit aucun soleil. Tout ce qu'elle voit l'inquiète et l'afflige. » (page 114).

« ... tout se fait à l'entour d'Amèlie sombre et morose. » (page 115).

L'aveuglement des personnages

À travers du phénomène où le personnage concerné souffre d'y voir tout d'un coup "trop clair" pour ses yeux, c'est l'esprit qui succède à la vue pour découvrir quelque vérité plus ou moins profonde.

Le pasteur qui est volontairement aveugle pendant tout le roman sur son amour en vers Gertrude, est sermonné à son tour par cette dernière. Pour nuancer ses reproches, elle avance que son aveuglement physique correspondait en partie à son aveuglement moral ou intellectuel:

« Mon ami, mon ami, vous voyez bien que je tiens trop de place dans votre coeur et votre vie. Quand je suis revenue près de vous, c'est ce qui m'est apparu tout de suite; ou du moins que la place que j'occupais était celle d'une autre et qui s'en attristait. Mon crime est de ne pas l'avoir senti plus tôt; ou du moins - car je le savais bien déjà - de vous avoir laissé m'aimer quand même. Mais lorsque m'est apparu tout à coup son visage, lorsque j'ai vu sur son pauvre visage tant de tristesse, je n'ai plus pu supporter l'idée que cette tristesse fut mon oeuvre... » (page 144).

Les phénomènes d'aveuglement sont donc ambigus chez nos personnages, navigant sans cesse entre le conscient et l'inconscient, entre le volontaire et l'involontaire. Un personnage ne peut pas vivre uniquement dans le mensonge. Les éblouissements et les aveuglements, chacun à leur manière, tendent à nous montrer que les personnages ne sont pas toujours libres de ce qu'ils pensent, ni de l'image qu'ils offrent d'eux-mêmes.

Biographie d'André Gide

La symphonie Pastorale; André Gide
André Gide est né et mort à Paris (22 novembre 1869-19 février 1951). Ses origines éclairent déjà sa personnalité, complexe, fuyante, balancée en des aspirations contradictoires vers la liberté totale et vers le conformisme, tout ensemble sensuelle et puritaine, prédestinée aux doutes et aux retours, à l'inquiétude : Gide était de souche protestante, à la fois paysanne et bourgeoise, Cévenol par son père, se rattachant à la bourgeoisie d'affaires normande par sa mère. Mais, dans l'enfance, ce fut un protestantisme rigide et assez triste qui domina, marquant pour toujours le jeune élève de l'Ecole Alsacienne ; il fit des études irrégulières ; silencieux, ses maîtres le trouvaient même un peu stupide ; en fait, il vivait replié sur lui-même, perdu dans son inconscient, ne trouvant quelque joie que dans des émotions de nature. A la ferveur religieuse s'oppose bientôt en lui une sensualité précoce, qui se cherche, troublée, dans la honte et la hantise du péché. Lorsque Gide atteint ses vingt ans, c'est l'époque du symbolisme, et il commence à publier dans de petites revues de l'Ecole.

Déjà il connaît Pierre Louÿs, à Montpellier il a rencontré Paul Valéry, et on l'introduit chez Mallarmé. C'est en 1891 qu'il publia son premier livre, qu'il intitule "œuvre posthume" : Les Cahiers d'André Walter, histoire d'un jeune homme qui s'épuise, manque le monde et sa vie par excès de richesse intérieure, par impuissance à se choisir. Le livre n'a aucun succès - Gide l'a d'ailleurs fait éditer à ses frais, comme les Poésies d'André Walter, à la langue aussi symboliste, aussi mièvre. Le vrai Gide n'est pas dans ces tentatives de jeunesse, mais dans la crise spirituelle qu'il commence de traverser à cette époque et qui l'amènera à secouer les contraintes du piétisme familial. L'occasion de sa libération sera un voyage en Algérie, accompli en 1893-1894 ; il tombe malade et, au cours de sa convalescences s'abandonne pour la première fois à une exaltation naturelle. C'est sous l'influence symboliste qu'il avait encore écrit Le Traité du Narcisse (1891), La Tentation amoureuse et Le Voyage d'Urien (1893).

Deux ans plus tard, Paludes, satire des milieux parisiens, marque déjà une transition ; mais on peut dire que Gide ne commence vraiment qu'avec Les Nourritures terrestres (1897), qui chantent la complicité d'un jeune être avec toutes ses faims, tous ses désirs, la recherche de la ferveur dans une communion avec la joie du monde charnel, la valeur de la surprise pour aviver cette ferveur, enfin le refus de toutes les servitudes familiales, sociales, religieuses, personnelles même, car la liberté ne se vit que dans l'instant et seulement chez l'être en perpétuel état de naissance.

Ce message allait attirer à Gide - malgré lui, ne cessa-t-il de prétendre - bien des disciples. Mais était-ce vraiment tout Gide?. L'hédonisme des Nourritures n'est qu'un sursaut indispensable, le début d'une recherche du moi, de son équilibre surtout, et l'auteur de Saül, publié seulement en 1903 mais écrit dès 1898, sait bien qu'il existe aussi des servitudes pour l'homme en apparence libéré mais tenaillé par ses désirs.

Alternance de l'ivresse sensuelle et d'un certain puritanisme, tel est le trait caractéristique de l'œuvre gidienne jusque vers 1910, l'austérité de La Porte étroite (1909) répondant ainsi à l'Immoraliste qui célébrait la joie de la convalescence et le monde des couleurs, des parfums, du corps peu à peu retrouvé. L'auteur d'Isabelle (1912), de L'École des Femmes, de La Symphonie pastorale, est déjà plus sûr de lui, et de son rôle de réformateur qu'il jouera avec tant de succès dans la période d'après-guerre. Solitaire encore, presque complètement inconnu, il a pourtant brillamment participé à la vie littéraire, soit en collaborant à la revue L'Ermitage où il retrouve Claudel , Henri Ghéon, Jammes, Paul Valéry, soit, bien plus encore, en fondant en 1908, avec Copeau et Jean Schlumberger, la Nouvelle Revue Française. Etre soi, "s'exiger tel qu'on est", libre de la société, libre de son passé, infiniment disponible, ces thèmes, qui figuraient déjà dans les Nourritures, sont repris en 1914 dans les Caves du Vatican, roman (mais l'auteur l'appelle "sotie") d'un comique irrésistible, mais qui devra surtout son immense influence au personnage de Lafcadio, vivante et fascinante illustration de la théorie de 1'"acte gratuit", c'est-à-dire de l'acte qui n'a pas de cause, ne sert à rien, n'est fait que par plaisir pur, et où l'on peut voir comme l'apogée de la disponibilité gidienne.

L'impuissance où nous sommes de soumettre l'homme à des lois, Gide avait pu l'éprouver personnellement en 1912, lorsqu'il avait été appelé à siéger comme juré à la cour d'assises de la Seine-Maritime, comme on le voit dans ses Souvenirs de la cour d'assises. Les Caves du Vatican vont cependant consommer la rupture de Gide et des catholiques : Ghéon, Jammes et surtout Claudel, rencontré en 1905, et qui avait espéré convertir Gide après La Porte étroite en 1909, mais qui irrita son ami en lui demandant des explications brutales sur ses mœurs ; Gide y vit une "sommation".

Pendant la guerre de 1914-1918, alors qu'il se dévoue pour les réfugiés, c'est à son propre puritanisme que Gide doit faire face ; un moment même il semble y céder, donne son adhésion morale à L'Action française et traverse une nouvelle crise religieuse. Mais l'immédiat après-guerre va lui donner la célébrité : de nombreux jeunes disciples, fervents, excessifs même, frères et cousins du héros de Radiguet, se montrent impatients de réagir contre la grandiloquence patriotique dont on les a gorgés pendant les hostilités. Ils se reconnaissent dans Nathanaël, et plus encore dans Lafcadio. Ils cherchent un libérateur, et se tournent vers cet écrivain âgé maintenant de plus de cinquante ans et qui, malgré une œuvre déjà considérable, n'était connu, jusqu'à la guerre, que des milieux lettrés. Mais on prône alors la "démobilisation de l'intelligence" et n'est-ce pas à cette démobilisation que n'ont cessé de convier tous les livres de Gide?. Non que toutes les résistances soient vaincues : en 1923, le Dostoïewski suscite une vive réaction d'Henri Massis ; Henri Béraud mène contre Gide la "croisade des longues figures" ; la publication de Corydon et de Si le grain ne meurt scandalise les gens moraux.

Mais, auprès de la jeune génération, Les Faux-Monnayeurs, œuvre complexe, de proportions considérables, grand roman mais sans unité, et qui vaut surtout par ce qu'il renferme de confession, vaut à Gide un nouveau succès, en 1925. Le retournement définitif est accompli vers 1930, et le gros de 1'opinion littéraire, qui à la même époque découvre Proust, Freud, D.H. Lawrence, se range du côté de Gide.

La préoccupation d'autrui, le sens social, qui s'étaient un moment manifestés pendant la Grande Guerre, reprennent alors le dessus chez Gide : en 1926 il part pour l'Afrique noire, rapporte de ce long voyage deux livres qui sont un réquisitoire contre le colonialisme et suscitent une commission d'enquête - Voyage au Congo et Le Retour du Tchad. L'éveilleur de liberté commence à méditer sur les conditions de la liberté, sa réforme individuelle l'achemine naturellement vers la réforme sociale (à la façon de Rousseau, et l'on peut dire de Gide qu'il fut le Rousseau de notre temps) ; ainsi, à partir de 1930, le voit-on dénoncer le capitalisme, proclamer ses sympathies pour l'État sans religion, sans classe, sans familles, et annoncer, dans ses pages de journal intime, qu'il est prêt à donner sa vie pour le triomphe de l'U.R.S.S. Mais un voyage à Moscou provoque sur cet enthousiasme un effet de douche froide : Gide, pour qui la liberté signifiait avant tout liberté bourgeoise de l'écrivain, se fût peut-être accommodé de Trotski, non de Staline, et il exhale ses rancœurs dans Retour de l'U.R.S.S. et dans Retouches à mon retour de l'U.R.S.S. en 1937. Les trois actes d'Œdipe, écrits en 1930 et joués en 1932 par les Pitoëff, avaient déjà mis sur la scène l'échec d'une liberté. Mais, dés 1930 l'œuvre était pour ainsi dire achevée : Gide était le premier écrivain de l'époque, mais l'enthousiasme de la jeunesse commençait à le déserter pour des littérateurs plus "engagés", comme André Malraux : le temps de Lafcadio était passé, ou plutôt Lafcadio filait courir les révolutions de Chine et l'Espagne. Devant l'événement, Gide prenait au contraire, non sans quelque affectation, une attitude gœthéenne : il commente Racine, pendant la campagne de 1940 et, l'occupation survenant, il marque pendant quelques mois une certaine hésitation sur l'attitude à prendre. En 1942, il rejoignit Tunis, et, après son retour a Paris en 1945, il ne publiera plus que Thésée, une traduction de Hamlet depuis longtemps en chantier, et une adaptation scénique du Procès de Kafka. En novembre 1947, il recevait le Prix Nobel de Littérature, en décembre 1950, la Comédie-Française représentait une comédie tirée des Caves du Vatican ; mais une maladie de cœur, contractée au cours d'un voyage en avion, devait emporter l'écrivain (le 19 février 1951).

L'influence de Gide a été immense : il est bien, selon le mot de Malraux, "le contemporain capital" de tous les hommes nés à la vie intellectuelle et sensible entre 1920 et 1935. Gide fut le témoin d'un temps, et défini malgré lui par ce temps où l'appel à la liberté bénéficiait encore de facilités matérielles aujourd'hui compromises.

Mais on ne se lassera sans doute pas de lire le Journal et d'y suivre Gide "avec son visage inquiet, ses doutes et la somme fuyante de ses pensées". Quoi qu'il advienne de l'œuvre, le personnage ne s'oubliera pas.

Indice

Bibliographie

  • “La Symphonie Pastorale” André Gide. Ed. Folio.

  • http://www.lpi.ac-poitiers.fr (page pris de l'Internet).

  • www.livre-rare-book.com (page pris de l'internet).

  • www.univ-nantes.fr (page pris de l'internet).